edito

Février 2008

Pour commencer l’année 2008, j’ai choisi comme éditorial un extrait du prochain livre à paraître de Jean-Louis Sagot-Duvauroux : "Les utopies à l’épreuve de l’art". Ce livre qui paraîtra en avril 2008 aux éditions de l’Entretemps est consacré à la Cie Ilotopie.
Jean Djemad (co-fondateur de la compagnie)


C’est à la fois, un petit cadeau pour ceux qui, comme nous dans B3, apprécient Jean-Louis, ses écrits et de façon générale son travail.
C’est aussi un clin d’oeil et un salut fraternel aux compagnies de la rue qui, comme le Théâtre de l’Unité, nous ont fait découvrir, au début des années 80, le théâtre, par le simple fait que nous étions dans les mêmes rues, dans les mêmes gares !
Il est plus que jamais temps pour les pouvoirs publics, comme pour les entreprises du secteur privé d’investir sur la construction de la pensée et sur l’émancipation des habitants par eux-même !
Les rois seuls ne peuvent décider des"Renaissances".

"Que se produit-il quand dans les cités populaires de nos villes, dans la rue, sur la dalle, des adolescents s’essayent avec parfois une grâce ensorcelante, parfois dans la maladresse ou même le ridicule, à des figures de break dance ? Quel type de lien s’établit entre ces essais, ces bribes, ces échanges de signes dans la quotidienneté de la rue et ce que produisent les professionnels du hip hop, quand ils sont accueillis sur les scènes de l’institution culturelle publique ou par le marché du spectacle ? Je me souviens avoir vu, dans un théâtre, une représentation de danse hip hop donnée par une compagnie que son travail formel avait fait adopter par le beau monde. Ces artistes étaient allés loin dans l’échange avec les canons des spectacles classifiés « danse contemporaine ». Mais le vocabulaire hip hop, la réputation hip hop restaient suffisamment prégnants pour que la salle fût envahie d’adolescents couleur cités. Et devant les entrechats sophistiqués, devant les figures dépouillées, presque arides présentées sur la sainte scène, on entendait soudain monter des gradins le blasphème jubilatoire, sonore et gesticulant d’un peuple d’enfants enthousiastes qui reconnaissait là la puissance d’un langage dont ils se sentaient co-auteurs. Le signe artistique n’était pas un objet flottant, surplombant, voué à la pieuse dévotion des âmes. Il ajoutait sa voix à la rapsodie d’un langage prenant naissance, un langage natif fait pour répondre à l’intense besoin de prendre la parole chez ceux à qui d’habitude on intime le silence (ou le bruit, ce qui est la même chose). Prendre la parole, puis en l’occurrence, lui donner suffisamment forme pour qu’elle parle à tous. Ce langage manquait. Il fallait d’abord le faire advenir. Là d’abord était l’important. Non pas d’abord l’œuvre sélectionnée par l’institution culturelle, le segment reconnu digne d’être officialisé sur la scène (et ça, vraiment, tant mieux), mais la gestation par tout un peuple de tout un langage, œuvres officiellement sélectionnées comprises.
- le site de l’éditeur




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