edito

Octobre/Novembre 2005

" Le préjugé qui établit une discrimination entre perception et pensée n’a pas disparu de nos jours. Tout notre système d’éducation est encore fondé sur l’étude des mots et des nombres.


Certes, nos enfants, à l’école maternelle, font leur apprentissage en regardant et en manipulant des formes agréables ; s’ils inventent des formes originales sur le papier ou dans l’argile, c’est en pensant à travers la perception.

Mais dès l’école primaire, les sens commencent à perdre de leur statut éducatif. Les Beaux-Arts sont de plus en plus considérés comme étant un aimable passe-temps, un divertissement et un dérivatif.

Plus les disciplines reconnues insistent sur l’étude des mots et des nombres, plus leur parenté avec les arts se fait lointaine et plus ceux-ci se réduisent à une activité souhaitable, mais mineure... "... "On néglige les arts parce qu’ils se fondent sur la perception et l’on méprise la perception parce qu’elle n’est pas censée faire intervenir la pensée. En fait, les enseignants et l’administration ne pourront justifier que l’on accorde aux arts une place de choix tant qu’ils n’auront pas compris que l’art constitue le plus puissant moyen de renforcer la composante perceptuelle en l’absence de laquelle la pensée productive est impossible dans tous les domaines de l’effort humain"... Voilà ce qu’écrit Rudolf Arnheim en 1969 au début de son livre « La Pensée Visuelle »

Nous sommes fin en septembre 2005 et la place des « sens » dans l’accès à la connaissance est toujours d’actualité. Après quelques avancées timides ces dernières années le rôle et la place de l’art à l’école sont encore mineures. La pléthore d’intermédiaires quasi inutiles et coûteux entre l’artiste, les élèves et les enseignants témoignent du peu d’évolution de cette question. La décentralisation des services de l’état aux autres collectivités territoriales est naturellement une question de méthode mais c’est avant tout la question du sens qu’on veut lui donner.

Davantage d’élus et d’enseignants sont convaincus que la pensée ne saurait être déconnectée de la perception, nous devons nourrir cette réflexion avec notre expérience. La nature de l’emploi des artistes n’est qu’une récurrence de cette question fondamentale. Pour ce qui concerne les artistes de la communauté d’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, au nombre desquels nous sommes, une rencontre est prévue avant la fin de l’année 2005 pour mieux définir et évaluer l’apport vital que les artistes peuvent produire. Il est dans l’intérêt commun d’établir un partenariat durable.

Actualité de la Compagnie : La tournée 2005-2006 des spectacles “Si Je t’M”, “Break Quintet” et “Défilles” redémarre en octobre après une pause estivale, avec de nombreuses dates à travers la France et de beaux projets à l’étranger : en Espagne, en Belgique, en Autriche, en Suisse, en Argentine, au Brésil et au Chili ainsi qu’au Japon (à confirmer). La rentrée scolaire 2005- 2006 semble donc confirmer un bon calendrier de spectacles en tournée, avec notamment le projet « Si loin, si proche » en Argentine dans le cadre d’une coopération croisée avec la France auquel participent entre autres l’association Autre(s)p’ Arts et La Villette. Tournée que nous développerons, grâce au soutien de l’AFAA nous espérons, au Chili et au Brésil. Concernant les ateliers de formation : Christine Coudun développera deux sessions pédagogiques auprès des élèves du CREPS de Nord Pas-de-Calais en cette fin d’année 2005. Elle créera ensuite, pour les danseurs de la compagnie “Dans la Rue la Danse” de Roubaix, un spectacle dont la livraison est prévue en février 2006. La compagnie poursuit ses actions de sensibilisation sur son terrain en ville nouvelle, et celles menées un peu partout lors des “tournées” en France et à l’étranger.

Concernant les nouveautés du repertoire, Christine Coudun a créé début 2006, un solo "Un Pas dans la tête" interprété par Iffra Dia, danseur de la compagnie depuis 21 ans. A l’origine il s’agit de la question que pose le rendu d’un atelier particulier avec des « adolescents enfermés » au C2 ,pavillon de l’hôpital psychiatrique « Marcel Rivière » situé à La Verrière. La gestuelle des enfermements, les distances dans l’espace des corps souffrants sont la matière de ce solo. Un traitement chorégraphique qui essaye de restituer en souffle, en musique et en geste, les perceptions d‘un « entre nous » fragile et rare, où les souffrances se transforment en désir, en plaisir, le temps d’un atelier. Christine utilise une musique aussi variée que Linton Kwesi Johnson, Medeski, Martin et Wood, Hugues de Courson et James Brown. Cela contribue à émanciper son propos hors du contexte qui l’a fait naître.

Au niveau des prochaines créations chorégraphiques, le nouveau spectacle de la compagnie "Sans limites fixes" (titre provisoire) sera livré le 25 Mars à la Ferme de Bel Ebat à Guyancourt. Pour réaliser Break Quintet en 2002, il a fallu poser aux danseurs la question du vivre ensemble à travers des artifices narratifs : l’aventure d’un groupe de jeunes campeurs ... 3 ans plus tard, avec quasiment la même distribution, c’est la même exploration du geste qui se poursuit avec un autre niveau de perception et de conscience des enjeux esthétiques et éthiques. Dans l’univers du hip hop le "Battle" incarne aujourd’hui le lien avec le défi des origines. C’est là que s’exprime l’énergie fondamentale du "B. Boying" : ce sont des compétitions avec règlement et jury . Au début du mouvement Hip Hop, le défi constituait « un pas de côté » de la violence, un déplacement du conflit : Il s’agissait « d’être mieux et plus fort que soi-même et non meilleur et plus fort que les autres ». Cette philosophie originelle du Hip Hop se traduit 30 ans plus tard par une diversité de comportements, allant du jeu-concours touristico-commercial sponsorisé, à la prestation digne mais inconnue et sans moyen, en passant par une activité de loisir tampon . Alors imaginons un battle qui devienne une véritable bataille, une bataille comme l’histoire du monde, une bataille contre la bataille, pour le geste artistique et contre l’artiste roi à consommer... Un battle où l’espace est livré au désir de l’extrême, du toujours plus... où break et cascades se mêlent sans limites et où les histoires ne sont pas que celles des « Schtroumpfs et de Gargamel » Une collaboration avec Doctor L est en projet. Sa musique ne trahit ni la couleur, ni le swing des musiques du début en apurant les effets et sous entendant les Gimick. Une musique qui fait place à la danse... Il semble, qu’en plus des figures de Hip Hop actuelles , de Miles Davis en passant par Zappa et Hendrix, peu de choses lui ait échappé.

Christine Coudun réfléchit aussi, à l’idée d’une création “Au féminin”, création 100% féminine, qui rassemblent les forces féminines de la compagnie (chorégraphe, assistante chorégraphe, danseuses, costumière, éclairagiste...). Cette création sera livrée dans sa première forme, en mars 2006 à la Merise à Trappes puis au Lavoir Moderne à Paris. Et sera ensuite finalisée à l’automne au plus tard !

Du côté de nos partenaires institutionnels : Nous avons reçu le soutien de la DRAC en tant que Compagnie indépendante ,ainsi que celui du Fasild et de la Caisse des Dépôts et Consignation. La région a confirmé également tout récemment son soutien conséquent et pérenne. Nous espérons aussi recevoir cette année le soutien direct de la ville de Trappes, commune de Saint-Quentin-en-Yvelines où nous intervenons encore davantage d’années en années et qui est notre ville d’attache. Pour finir : Bienvenue à Jacques Pornon qui a pris récemment la direction de la scène nationale de Saint Quentin en Yvelines Rendez-vous au prochain édito !

Jean Djemad - Trappes Saint-Quentin-en-Yvelines- Octobre 2005



P.-S. : Notre Compagnie n’a aucun rapport avec les sites web à caractère sexuel ou pornographique qui utilisent le nom de Black Blanc Beur.


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